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Le “fileteado” ou “filete” est l'art de fileter, autrement dit d'orner d'un “filet” – bien entendu il ne s'agit pas d'un filet de pêche ou d'une pièce de boucherie, mais d'un dessin ou d'une moulure évoquant l'aspect d'un fil. Le terme se rencontre en ébénisterie, en orfèvrerie, en héraldique, etc. Mais il a gagné ses lettres de noblesses – autrement dit : une majuscule – à Buenos Aires où le « Fileteado » est l'art typiquement portègne de customiser tout ce qui peut l'être (depuis la tasse à café jusqu'au bus, en passant par portes, meubles, devantures, panneaux ou enseignes) en le peignant avec des motifs qui sont propres au Fileteado, motifs qui consistent en un amoncellement de fioritures vaguement rococo, aux coloris éclatants, voire criards, souvent patriotiques, qui s'entrelacent à l'envie en de complexes compositions faites de pleins et de déliés, de symétries et de trompe-l'œil, accouchant ici de rosaces psychédéliques, là de cornes d'abondance qui vomissent des cataractes de rubans convulsifs, autour d'un mot ou d'un message, d'un titre ou d'une enseigne, qu'elles contribuent à embellir, à ampouler, à transcender, de sorte que l'on finit par ne guère plus discerner la lettre de la forme et le résultat est un salmigondis aussi confus et superfétatoire que cette phrase sans fin à laquelle je ne parviens pas davantage à mettre un point final qu'un fileteador un terme à son dessin.
En somme, un bon dessin valant mieux qu'un long discours, nous vous invitons sans tarder à feuilleter les photos de cette fiche, non sans méditer auparavant cette jolie citation de Ricardo Gómez, maestro fileteador :
« Le tango est une pensée triste que l'on danse. Le fileteado est une pensée joyeuse que l'on peint. » |