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Quelques éclaircissements à propos de la présence des Jésuites à Córdoba. Implantée dans toute l'Amérique coloniale (pas seulement espagnole), la Compagnie de Jésus (Societas Iesu – “s.j.”) s'installe à Córdoba en 1599, 60 ans après sa création par Saint Ignace de Loyola. A la grande différence des missions que les Jésuites ont édifiées sur le pourtour méridional de l'Amazonie (depuis le nord-est argentin jusqu'à l'Orient bolivien, en passant par le Paraguay – voir , et ), les estancias que les Jésuites fondent aux alentours de la ville de Córdoba n'ont pas pour but l'évangélisation ni même la réduction (sédentarisation) des populations indigènes ; celles-ci ont d'ailleurs été exterminées dans leur quasi totalité lors de l'arrivée des Espagnols en 1573. Le propos de ces estancias n'est autre que d'assurer la subsistance financière des missions susnommées et de la manzana (synonyme de cuadra, ou pâté de maison, principalement employé à Córdoba) que les Jésuites ont acquis dans la ville de Córdoba, et où ils ont fondé un complexe universitaire appelé à rayonner sur toute la colonie (manzana inscrite conjointement aux estancias sur la liste du Patrimoine Mondial ; l' en est le joyau).
Les estancias sont de vastes domaines agricoles, dont le cœur est constitué par une église et quelques dépendances administratives où logent les pères et les esclaves, ces derniers d'origine africaine. Cet ensemble économique est idéalement situé sur le , axe principal du commerce colonial dans le Cône Sud reliant Potosí à Buenos Aires. La principale activité de ces estancias est l'élevage des mules, dont le secteur minier à Potosí est très friand. A signaler également d'autres productions notoires, tel le vin à Jesús María, ou les textiles à Alta Gracia.
Lorsque les Jésuites sont expulsés des territoires de la couronne espagnole, en 1767 (leur très grande emprise économique et sociale dans les colonies rendait imparfaite la modernisation administrative et politique voulue par les Bourbons d'Espagne), leurs domaines subissent des sorts divers : certains sont repris par l'ordre franciscain, d'autres confiés à des administrateurs civils avant d'être vendues à de riches notables.
Les Estancias Jesuites de Córdoba sont au nombre de 5 : , , et (voir chacune de ces fiches pour y accéder). Il existait une sixième estancia jésuite, celle de San Ignacio, située dans le ; mais sa destruction presque complète n'a pas permis de l'inscrire au Patrimoine de l'Humanité avec ses homologues. |

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Une introduction générale succincte mais pertinente à l'héritage jésuite dans la province de Córdoba est donnée au Centre Touristique de Jesús María. Situé à une cinquantaine de kilomètres au nord de la ville de Córdoba, il jouxte l'Estancia Caroya – celle de Jesús María est à 1km, celle de La Candelaría à une dizaine : c'est donc l'occasion de faire une visite groupée en commençant par le Centre Touristique. Vous y trouverez une frise chronologique parfaitement élaborée et soigneusement illustrée, une brève vidéo moins instructive que plaisante, ainsi que des photos grand-format des différentes estancias. Excellent prospectus et carte touristique en libre-service.
Les estancias Jesús María, Caroya et Alta Gracia comportent chacune un ou plusieurs petits musées, présentant de belles collections d'art religieux, de mobilier et d'objets relevant de l'époque jésuite ou post-jésuite, ainsi que des expositions retraçant d'autres aspects essentiels de l'Histoire argentine (l'immigration italienne à Caroya, les cultures précolombiennes à Jesús María). Les estancias La Candelaria et Santa Catalina en revanche sont dépourvues de musée, mais valent le détour pour leur beauté architecturale et paysagistique supérieure. |