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Initialement baptisé Río San Cristóbal (Saint Christophe) par ses premiers explorateurs occidentaux, le fleuve a rapidement repris sa dénomination indigène : urú, en Guaraní, se réfère à différents types d'oiseaux ; et on retrouve guay, l'eau, dans plusieurs toponyme régionaux (Paraguay, Gualeguay, Gualeguaychú, etc.). Le Río Uruguay est donc le Fleuve des Oiseaux, ou plus précisément d'une espèce de perdrix locale. Par métonymie, il a ensuite donné son nom à la République Orientale de l'Uruguay (alias ). Pour ne pas confondre le fleuve et le pays, nous tâcherons de toujours préciser “Río Uruguay” pour le premier.
Le cours du Río Uruguay s'étire sur 1.779 kilomètres, depuis la confluence des rivières Canoas et Pelotas qui prennent chacune leur source dans la Sierra Geral, au Brésil. Le fleuve délimite ensuite les frontières entre Brésil et Argentine puis entre cette dernière et l'Uruguay, avant de rejoindre le delta du et de fusionner avec celui-ci dans leur estuaire commun le .
Avec un débit moyen de 4.600m³/s, c'est un fleuve beaucoup plus paisible que le Paraná (17.300m³/s). Plusieurs barrages hydroélectriques n'en jalonnent pas moins son cours : deux au Brésil, un entre Argentine et Uruguay (le barrage de Salto Grande). Argentine et Brésil envisagent par ailleurs la construction d'un complexe commun à hauteur de Garruchos (Corrientes).
L'affaire des papeleras, également dite affaire Botnia. S'il est l'objet de lucratives concertations énergétiques, le Río Uruguay est aussi la source de vives tensions environnementales et – donc – politiques, entre Argentine et Uruguay, depuis 2005. La raison ? La décision unilatérale prise par la République de l'Uruguay d'autoriser la construction, par le groupe finlandais Botnia, d'une papeterie (papelera) sur la rive orientale du fleuve, en face des plages argentines de Gualeguaychú ; une menace non seulement pour le tourisme local mais aussi pour l'écosystème du .
Les protestations de l'Argentine ont débouché sur plusieurs mois de très vives tensions diplomatiques et populaires (avec le blocage à répétition des ponts internationaux entre les deux pays, sur le fleuve), et l'affaire fut portée devant la Cour Internationale de Justice. Celle-ci a rendu son verdict en avril 2010, reconnaissant d'un côté les torts de l'Uruguay en matière de procédure (Montevideo aurait dû informer Buenos Aires au préalable, en vertu du Traité du Fleuve Uruguay signé par les deux parties en 1975), mais invalidant d'autre part les accusations de pollution environnementale, non démontrée (ou du moins non spécifiquement identifiée dans l'état de pollution générale du fleuve). La fabrique a donc pu poursuivre légalement sa production. La tension a été ravivée fin 2013, après la décision unilatérale de l'Uruguay d'augmenter la production de 10% – des poursuites sont de nouveau envisagées par l'Argentine. |