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Le secteur de Las Capillitas, niché à plus de 3000 mètres d'altitude dans un prolongement occidental du massif de l', à proximité de la petite ville d'Andalgalá, est un important centre minier, et ce depuis plusieurs siècles. Déjà, à l'époque précolombienne, les peuples autochtones puis les Incas exploitaient quelques veines de minerai d'or ou de cuivre. Avec l'arrivée des Espagnols, les Jésuites, grands industriels devant l'Eternel, prirent la relève. On peut encore voir les ruines des établissements précoloniaux et coloniaux à proximité de la mine Santa Rita.
Au XIXème siècle, l'essor industriel occidental donne une nouvelle impulsion au secteur, et plusieurs compagnies minières argentines ou étrangères prennent les choses en main. Tout comme à , dans la province voisine de La Rioja, on entreprend la construction d'un téléphérique minier pour palier l'archaïque transport à dos de mules. Ainsi, entre la mine principale de Las Capillitas (à 3000 mètres d'altitude) et Andalgalá (1100m), l'entreprise britannique Capillita Cooper Company édifie un cablecarril (communément appelé alambrecarril) de plus de 27km de long, de 1903 à 1904. Le minerai de cuivre est acheminé directement dans les fourneaux de l'imposant Ingenio (usine) Muschaca, à 13km d'Andalgalá, en plein , idéal pour approvisionner ce monstre industriel en bois. De là, une ligne de chemin de fer spécialement édifiée pour l'occasion achemine le minerai traité vers Buenos Aires et les débouchés européens.
Malheureusement pour les actionnaires de ce projets pharaonique, l'opération se révèle peu rentable et, la Première Guerre Mondiale aidant, la compagnie fait bientôt faillite, ainsi que son éphémère repreneur français. Le site de Muschaca est abandonné en 1914. Quant à la mine de Las Capillitas, elle va vivoter durant quelques décennies, avant de se reconvertir dans l’extraction d'un minerai d'un tout autre acabit : la rhodochrosite.
Déjà connue des Incas – raison pour laquelle on la nomme complaisamment Rose de l'Inca –, la rhodochrosite est un carbonate de manganèse dont l'aspect est plus ou moins intensément rose et nervuré de blanc ; les plus beaux spécimens de cette pierre semi-précieuse tirent sur le carmin homogène, tandis que les moins bien cotés sont plus pâles et striés de blanc. Nous n'avons hélas pas pu photographier d'exemplaire intéressant sur place, mais une recherche rapide sur le net vous donnera un aperçu de cette pierre insolite.
Les gisements de rhodochrosite sont très localisés et disséminés dans le monde entier (Roumanie, États-Unis, Kazakhstan, Namibie notamment), mais les plus importants et les plus précieux – de l'avis des principaux intéressés – se trouvent en Argentine. De fait, la rhodochrosite a été bombardée “pierre nationale” du pays, et les joaillers de Buenos Aires croulent sous les bagues, bracelets et autres statuettes réalisés dans ce matériau plutôt glamour et bon marché.
La province de Catamarca est le cœur de l'exploitation de rhodochrosite en Argentine, et plus précisément la région montagneuse au nord d'Andalgalá : le massif de l'Aconquija. On y dénombre trois mines en exploitation : Las Capillitas (dont nous avons parlé précédemment à propos du cuivre), Inti Kori et Santa Rita, qui seule se visite (voir plus bas). Du fait de la rareté des veines, ces mines sont exploitées avec des techniques encore rudimentaires : pioches, marteaux-piqueurs et cartouches de dynamite. La société qui les exploite est une entreprise régionale, qui emploie exclusivement de la main-d'œuvre locale.
Nous ne quitterons pas cette région minière par excellence sans mentionner La Alumbrera, sise plus à l'ouest dans le même cordon de l'Aconquija. C'est une gigantesque mine de cuivre et d'or à ciel ouvert, l'une des plus importantes au monde, qui fait beaucoup parler d'elle depuis son ouverture en 1997 – les polémiques tournant principalement autour de la gestion de l'eau, que l'on accuse la compagnie d'accaparer et de polluer au détriment des populations installées en aval.
Le minerai extrait et transformé est acheminé par de formidables conduites jusqu'à la ville de Tucumán, puis transbordé à bord de convois d'une cinquantaine de wagons et acheminé jusqu'au port privé que la compagnie possède à Rosario. Le raccordement à Tucumán, au-delà du massif de l'Aconquija, pour l'approvisionnement en énergie comme pour l’exfiltration du minerai, est un immense défit technique et un sujet constant d'interrogations de la part des populations environnantes : tant d'investissements sans véritables retombées locales... Le sujet de l'exploitation minière, entaché de corruption et dépourvu de concertation, n'est pas le moindre des défis que doit affronter la démocratie argentine. |

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Les mines de Las Capillitas et de Santa Rita sont desservies par l'incroyable (RP47), un ruban de terre étayé de remblais vertigineux qui relie l'extrémité sud des à la petite ville d'Andalgalá plus au sud. Depuis le nord, il faut quitter la 36km après le village de Santa María ; comptez 40km (1 heure) jusqu'à la mine Santa Rita ; depuis Andalgalá au sud, passez par le village de Choya puis grimpez jusqu'à la mine (60km, près de 2 heures car la piste est très sinueuse). Dans un sens comme dans l'autre, la mine Santa Rita est clairement indiquée par un panneau.
C'est à hauteur du petit village de Choya, à une dizaine de kilomètres au nord d'Andalgalá, que l'on peut prendre une piste jusqu'au Parque Histórico Minero Muschaca, site de l'ancienne fonderie et du terminus du téléphérique minier ; c'est une piste de 3-4km très sablonneuse, qui serpente à travers la broussaille – à éviter en cas d'orage. Demandez votre chemin à Choya, c'est très mal indiqué. |