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Quelques réflexions supplémentaires à propos du projet sociétal édifié par les Jésuites en territoire guarani. Bienveillance envers les indigènes diront les uns, condamnable infantilisation rétorqueront les autres, c'est là toute la question, qui n'en finit pas de diviser historiens et ethnologues. Les Jésuites ont-ils fait acte d'Humanisme ou d'obscurantisme ?
Certes, ils auront (un temps) protégé les peuples guaranis contre les prédateurs esclavagistes (conquistadores ou bandeirantes) ; ils auront su reconnaître et faire admettre la dignité et les droits des Guaranis, hommes à part entière ; ils auront développé une République démocratique (bien que fondée sur le postulat théologique de la primauté de la liturgie dans la vie quotidienne) ; ils auront créé une véritable civilisation jésuitico-guaranie, artistiquement exceptionnelle (le Baroque guarani est une réussite incroyable de métissage architectural et musical, où les apports des deux civilisations les ont enrichi l'une l'autre).
Mais leurs détracteurs leur reprochent, à l'instar d'Edgar Quinet, d'avoir infantilisé un peuple de rudes guerriers : « ce fut une république d'enfants où se montra un art souverain à tout leur accorder, excepté ce qui pouvait développer l'homme chez le nouveau-né ». Le reproche le plus évident que l'on puisse adresser aux Jésuites est leur prosélytisme, religieux et culturel, qui se préoccupa plus de métisser la civilisation guaranie que de la respecter dans toute son originalité et sa valeur intrinsèque.
Mais doit-on reprocher à des hommes d'Église d'avoir cru en Dieu, à ces remarquables scientifiques d'avoir cru en le progrès, à des humanistes d'avoir cru en l'harmonie des peuples ? Et c'est le propre de l'harmonie d'être poreuse aux notes étrangères, de bâtir des accords dissonants, et de les résoudre par des modulations audacieuses. |