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Quelques éclaircissements historiques s'imposent pour comprendre cet album... A commencer par la bataille de Paraguarí (13 janvier 1811) au cours de laquelle les troupes paraguayennes infligèrent une cinglante défaite aux troupes portègnes, venues semer le vent de la sécession anti-espagnole au Paraguay. Buenos Aires venait en effet tout juste d'effectuer sa Révolution de Mai 1810 et d'instituer une Junte autonome ; elle se proposait non sans naïveté d'exporter ce vent de liberté aux provinces voisines. Mais le gouverneur espagnol d'Asunción les reçut vertement, et écrasa l'armée du Général Belgrano à la bataille du Cerro Mbaé (dans les environs de Paraguarí).
Le Paraguay, cependant, devait à son tour effectuer sa propre Révolution de Mai, l’année suivante (1811), révolution dont le fameux Doctor Francia (voir ci-après) fut un des principaux protagonistes. Buenos Aires envoya derechef Belgrano, en mission diplomatique cette fois-ci, pour tenter d'intégrer le Paraguay dans son giron. Le pauvre général fut non moins vertement reçu, et le Paraguay signifia définitivement sa volonté de demeurer indépendant aussi bien de l'Espagne que de Buenos Aires. Le fait que Paraguarí se prévale d'être « le berceau de l'indépendance nationale » montre à quel point le Paraguay n'a jamais cessé de se défier de Buenos Aires : car cette victoire, notez-le bien, fut celle du gouverneur espagnol sur une armée d’authentiques criollos – aux yeux des Paraguayens, l'indépendance vis-à-vis de l'impudente Buenos Aires valait toujours mieux que l'indépendance vis-à-vis de la moribonde Espagne.
Ainsi naquit le Paraguay, aussitôt pris en main par la lignée des Francia-López, trois despotes tantôt adulés tantôt controversés, qui ont fondé et gouverné le Paraguay de 1813 à 1870.
Le premier d'entre eux est Gaspar Rodríguez de Francia (1766-1840), alias “Doctor Francia” en vertu de ses diplômes de théologien et philosophe, alias “Karaí Guazú” (Grand Seigneur) auprès de la population guaranie. Il apparaît tour à tour comme le Père de la Patrie et l'archétype du tyran sanguinaire, lui qui régna sur le Paraguay d'une main de fer, après avoir acquis son indépendance vis-à-vis de l'Espagne et de l'Argentine. Son esprit impitoyable et incorruptible tendu vers la concrétisation d'un Paraguay libre et prospère, son aveuglement révolutionnaire et sa conception totalitariste de la patrie, lui ont valu une juste comparaison avec Robespierre.
A sa mort, quelques troubles éclatèrent, car il s'était fait de nombreux ennemis parmi la haute-société paraguayenne qu'il avait voulu juguler. On craignit pour la sécurité de sa dépouille ; ses fidèles résolurent donc de soustraire le corps à une éventuelle furie populaire, et l'escamotèrent. On ne sait pas avec certitude ce qu'il est advenu des restes du Suprême – je vous passe les polémiques.
Le grand écrivain paraguayen Augusto Roa Bastos a réalisé une biographie hallucinée de Francia, Moi, le Suprême, sorte de journal intime de la folie du dictateur schizophrène, chef-d'œuvre admiré de la littérature latino-américaine, Prix Cervantès en 1992.
Son neveu Carlos Antonio López (1790-1862) lui succèda en 1840. Président de la République à répétition de 1844 jusqu’à sa mort, ce “despote éclairé” développa le Paraguay sur le mode du self-made-country, protectionniste et autarcique, qui force l'admiration – et excita la jalousie de ses voisins et l'avidité des Anglais, ce dont devait pâtir son fils et successeur le Maréchal López (1827-1870), troisième et dernier rejeton de la dynastie. Son histoire est abordée dans notre topo sur la . |

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Nous voici au terminus de notre longue traversée du Chaco : le kilomètre zéro de la . On arrive enfin à Asunción en franchissant le Río Paraguay.
La visite d'Asunción peut aisément s'effectuer à pied, la plupart des monuments se trouvant en centre-ville, aux abords de la Place de la Démocratie. En revanche, pour vous rendre à l'église de la Trinidad, dans les faubourgs, vous devrez emprunter un taxi.
Notre petite excursion dans les environs d'Asunción débute par Yaguarón, à 48km au sud-est de la capitale, sur la nationale 1, direction Encarnación. Puis, Paraguarí se trouve au kilomètre 63. |